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SO PHARE

Penser l'océan autrement

Pêche à pied, un loisir idéal pour les gastronomes

Avec l’arrivée de l’été, So Phare vous propose de découvrir ou redécouvrir les bonnes pratiques de la pêche à pied récréative et de loisir (c’est son nom officiel) grâce à cette petite nouvelle en espérant que cela vous donne envie d’imiter nos protagonistes matinaux. Bonne lecture !
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« Minuit, marée haute. La mer est agitée. Des vagues d’une hauteur d’un mètre ou deux se forment. Le bruit du ressac sur la jetée, sans être assourdissant, emplit nos têtes, nous fascine. Les embruns remplissent nos poumons. Nous observons le travail de l’homme : les digues, le phare, le port. Toute une série d’installations pour dompter la mer dont on doit continuer à se méfier, même au XXIème siècle. Car, nous sommes terriens, bien plus habitués à un sol dense et solide qu’à cette immensité liquide et profonde.

 

Nous pensons à ces explorateurs, aux pêcheurs d’hier et d’aujourd’hui, aux océanologues qui ont bravé leurs peurs pour aller découvrir d’autres terres, pour ramener sur terre le fruit de leur travail ou parfois même pour tenter de mieux comprendre ce morceau de notre planète qui nous échappe encore… mers et océans méconnus. Nous sommes admiratifs.

Un joli quartier de lune nous éclaire.

 

C’est la fin de nos vacances et nous nous sommes donnés rendez-vous une ultime fois sur l’estran désert demain à cinq heures du matin : juste une heure avant la marée basse et le lever du soleil. Nous voulons anticiper la préparation du grand repas partagé au hameau. Il aura lieu demain, et cela tombe bien car nos coquillages auront besoin de temps pour dégorger : au moins 24 heures dans de l’eau de mer renouvelée régulièrement. Impatients et bavards, nous savons pourtant qu’il est temps d’aller dormir.

 

Nous sommes cinq à venir ici depuis notre enfance. Nous avons appris à pêcher avec nos grands-parents, nos parents. Au fil des étés, au gré de nos rencontres avec des pêcheurs à pieds avertis, nous avons appris à nous servir de techniques plus douces pour le biotope. D’ailleurs, l’un d’entre nous est tombé dans le bain : après cinq années passées à la faculté, il effectue son stage de fin d’études à l’Agence des Aires-Marines Protégées. Et devinez ! Il travaille à la sensibilisation aux bonnes pratiques de pêches à pied, là où lui-même a pris tant de plaisir à pêcher depuis qu’il sait marcher, là où encore cette année nous nous retrouvons pour de fabuleux moments de complicité.

Complicité ensommeillée de bon matin mais nous avons tout prévu . Notre ami a pris les choses en main et cela nous va bien. Il nous a donné de précieux conseils avant que l’on se sépare en deux groupes.

Cinq heures, donc. Une première équipe se dirige vers la vasière à la recherche des palourdes, l’autre s’aventure vers la moulière. Nous avons tous un pied à coulisse qui nous permet de vérifier les tailles réglementaires de nos prises. Nous n’oublions pas de rejeter à la mer ce que l’on ne mangera pas, les vives et les petits poissons plats, les prises trop petites et les étrilles grainées. La ponte de ces dernières est primordiale pour le renouvellement du stock… et nous en aurons besoin l’année prochaine.

 

Pour les crevettes, nous nous sommes équipés de véritables outils. Les trois bretons d’adoption ont un pousseux : une sorte de petit chalut qu’on fait avancer, dans l’eau, sur le sable. Les deux normands ont ramené leur haveneau qui peut passer sous les rochers et qu’ils appellent « fouines ».

  

 

Pour les moules, nous n’utilisons plus qu’une seule technique. Pour répondre aux nouveaux enjeux du développement durable, fini les griffes à dents et les couteaux ! Avec de vieilles cuillères à soupe, nous ne cueillons que les moules de plus de 4 cm en détachant les pieds délicatement et en veillant à ne pas abîmer les arrimages fragiles des plus petits spécimens. Pas question évidemment de s’aventurer à proximité des parcs ostréicoles. C’est interdit et les contrôles des gendarmes, nous le savons par le bouche-à-oreilles, se font de plus en plus fréquents.

 

De même, nos trois compères qui partent sur la vasière n’emportent avec eux que leurs paniers d’osier. Ils vont pécher « aux trous ». Fini là encore, les pelles et les râteaux à coques. Plus de jardinage dans les vasières : respect pour les herbiers de zostères, car le varech favorise la biodiversité faunistique qui attire de nombreux oiseaux migrateurs. Attentifs, ils doivent repérer les deux petits trous que font les palourdes pour respirer dans la vase ; plus ils sont éloignés l’un de l’autre, plus la palourde est grosse…. Et ils ne ramassent, à la main que les coquillages de plus de quatre centimètres.  Leur retour vers l’estran rocheux s’effectue en suivant les chenaux, là où la vase est plus dure, où les bottes ne s’enfoncent pas et où la flore et la faune sont préservées.

 

Une heure plus tard, à marée basse, nous nous retrouvons sur l’estran rocheux pour chasser quelques étrilles et nous repartons par la plage pour tenter notre chance à la pêche à la crevette grise. 

 

Armés de notre envie d’être ensemble et de récolter le fruit de notre travail, bien agréable somme toute, nous avons passé une magnifique matinée accompagnés, pendant près de trois heures par le bruit des vaguelettes, du vent léger et des chants des oiseaux de mer. Nous avons même pu profiter d’un merveilleux lever du soleil.

 

A neuf heures, heureux mais un peu fatigués, nous contemplons notre cueillette et notre pêche. 8 kg de palourdes, 10 kilos de moules et 2 kg de crevettes grises, quelques bulots et bigorneaux et même une dizaine d’étrilles pour les plus gourmands… C’est parfait puisque nous avions pour mission de régaler les 40 habitants estivaux du hameau en produits de la mer. Nos voisins et amis, doivent, eux, s’occuper de s’approvisionner en pain auprès du paysan-boulanger, mais aussi en boissons locales, jus, bières et cidres biologiques. Une cueillette de fruits et de légumes est aussi prévue dans la journée mais, nous n’irons pas, trop occupés à récupérer de notre réveil très matinal.

 

Demain, nous profiterons d’une ambiance festive autour d’un magnifique plateau de fruits de mer, des mets délicieux que nos ancêtres Homo Sapiens et hommes de Neandertal dégustaient déjà il y a environ 150 000 ans.

 

Nous finissons nos vacances satisfaits d’avoir, encore cette année, pu partager notre passion pour la mer en abîmant le moins possible le littoral et en le préservant pour nos prochaines vacances et les prochaines décennies. »

 

 

Pour en découvrir plus sur la pêche à pied de loisir, visionnez ces quelques vidéos très instructives : http://www.aires-marines.fr/Partager/Projets-europeens/LIFE-Peche-a-pied-de-loisir/Quelques-bonnes-pratiques-de-peche-a-pied

 

 

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